Création d’une zone libre exempt du travail des enfants : une tâche difficile mais gratifiante

Bonjour ! Je m’appelle Bram Callewier, Managing Partner de Beltrami, un importateur de pierre naturelle établi en Belgique et France.  Je suis heureux de vous accueillir dans cette  première partie d’une série de 6 messages sur le travail des enfants dans l’industrie de la pierre. Toute personne qui s’intéresse à la pierre naturelle a entendu parler de la façon dont des enfants participent à sa production. La vérité est que, oui, ils y travaillent, et surtout dans certaines activités comme la fabrication de pavés. Mais que se passe-t-il exactement dans ces régions reculées du monde, loin de nos jardins dessinés par des spécialistes ? Quel est la part du vrai dans tout cela ? Ce blog vise à vous informer sur les causes profondes du travail des enfants et sur les beaux projets  menés par des communautés qui travaillent sans relâche pour lutter contre l’exploitation des enfants et les autres problèmes sociaux s’y rapportant. Ce que vous lirez ne sera pas toujours rose, mais nous vous garantissons que c’est la  vérité, écrite en toute impartialité.

Bram at a meeting in BudhpuraLe 1er janvier 1995,  l’Inde est devenue membre de l’OMC et a ouvert ses frontières au libre-échange. Les entreprises occidentales appâtées par l’idée de la mondialisation, se sont ruées vers l’Est, soit pour délocaliser leur production ou, comme ce fut le cas pour la pierre naturelle, pour trouver des produits de substitution meilleur marché. La plupart des hommes d’affaires, dont je fais partie, ne savions pas vraiment comment cette pierre mystérieuse est produite, et encore moins d’où elle provient. Nous avons tenu des réunions avec des intermédiaires dans les bureaux et les hôtels des lobbies, et on y discutait souvent prix, volumes et délais. A cette époque-là, l’éthique n’était pas inscrite à notre ordre du jour.

Dans le même temps, des produits bon marché affluaient et étaient adoptés par les consommateurs occidentaux ; certains produits, tels que la pierre naturelle, autrefois impayable pour la plupart des gens, devenait désormais abordable. Pensons, par exemple, à une terrasse de jardin. Avant 1990, la pierre naturelle provenait souvent d’une production locale et son accès était réservé à quelques fortunés qui pouvaient se le permettre. Aujourd’hui, l’on peut acheter du Grès indien de qualité pour moins de € 30 au m²!

Cependant, ces dix dernières années, il est apparu que tous les maillons de la chaîne d’approvisionnement ne profitent pas de ce libre-échange. Les travailleurs les plus vulnérables étaient exploités et des infractions aux lois dans les pays fournisseurs ont soudain confronté les entreprises occidentales à la dure réalité: après voir consenti tant d’efforts dans des opérations commerciales socialement justes au Royaume-Uni et en Europe, nous ne pouvions pas être crédibles tant qu’il existait des maillons faibles dans nos chaînes d’approvisionnement à l’étranger.

Je fus confronté à cette réalité en 2009, lorsque je me suis rendu à Budhpura pour la première fois. Situé près de Kota, dans l’état du Rajasthan, le village de Budhpura est le centre de l’industrie indienne du grès.  C’est une zone d’approvisionnement clé pour Beltrami. Depuis longtemps, j’entendais des rapports sur le travail des enfants dans ce village, et même si,  je ne l’avais jamais vu de mes propres yeux jusque-là, je n’eus aucun mal à croire les plaintes. Je cherchai à savoir ce qui se passait. Rapidement je découvris que, dans de nombreux cas, les enfants aidaient leurs parents à produire des pavés de grès et, que, parfois, ils étaient même « enrôlés» en tant que main d’œuvre locale de production de pavés !

Cobble yard
un tas de pavés à un dépôt typique à Budhpura

Les discussions avec les fournisseurs pour faire cesser le travail des enfants n’ont rien donné, parce qu’ils n’ont pas aucun contrôle là-dessus. Il faut bien comprendre que la production de pavés n’est pas une activité que l’on exécute dans une usine ou une fabrique bien définie. La majeure partie du travail se fait aux abords des carrières ou même dans les maisons. Dans de nombreux cas, des tas de pierres sont empilés hors des maisons familiales et, à l’aide d’un marteau et d’un burin, les blocs sont retravaillés en pavés de grès de la taille et la finition voulues. Bien souvent, plusieurs membres d’une même famille participent à ce processus de production. Les lots de pavés finis seront collectés en fin de journée et vendus à des marchands de pavés  locaux. Bien que ces marchands locaux contrôlent plus ou moins le marché des pavés,  ils leur manque une chose importante: la capacité d’exporter. C’est là que nos fournisseurs entrent en scène.

La première question à se poser est : pourquoi, en tant qu’entreprises socialement responsables, continuons-nous à nous procurer ces produits? La réponse est très simple: parce qu’il serait irresponsable de tourner le dos à un problème en partie créé par notre propre demande du produit. Prendre la décision en tant qu’entreprise individuelle s’avérerait inutile, car d’autres prendraient la place tant qu’il y a de la demande. Mais si l’ensemble du secteur cessait de se procurer ce produit, les travailleurs et leurs familles seraient encore moins bien lotis, dans la plupart des cas. Dans un village retiré tel que Budhpura, les autres possibilités de travail se limitent en général à l’agriculture. Il faut aussi noter que le travail des enfants est une boîte de Pandore, une fois ouverte, des tas d’autres problèmes sociaux tels que l’alcoolisme, la violence conjugale et les questions de santé au travail surgissent.

Les bureaux de Manjari à Budhpura
Les bureaux de Manjari à Budhpura

Au lieu d’agir ainsi, nous avons choisi de demander de l’aide et de l’expertise pour  lutter contre le travail des enfants en coupant le mal à la racine. Ce n’est pas une tâche facile.  Cela exige beaucoup d’efforts et l’association de plusieurs méthodes. Au fil des ans, mon expérience dans ce domaine m’a appris qu’en tant qu’hôtes dans ces pays étrangers, nous ne pouvons que soutenir des initiatives prises par la population locale. Nous devions trouver une ONG qui travaille sur le terrain, à Budhpura. C’est vers la même époque, que nous avons commencé à discuter avec ICN, une ONG néerlandaise, membre de « Stop Child Labour », qui avait déjà fait des rapports sur le travail des enfants dans la production de pavés de grès, en 2005 (www.indianet.nl/budhpura.pdf). ICN nous a fait entrer en relation avec Manjari, une petite ONG basée au cœur du village de Budhpura. Manjari était déjà fortement impliquée dans la communauté locale. Plus que quiconque, ces gens étaient conscients de l’impact que le travail des enfants avait sur les alentours de Budhpura et des innombrables autres problèmes sociaux qui y sont étroitement liés. En tant que membre de la communauté, Manjari était bien placée pour mener des initiatives communautaires afin de lutter contre le travail des enfants. La fondation MV a apporté un soutien complémentaire, en offrant à Manjari une formation et une guidance. À la fin de 2013, un projet passionnant a été lancé dans les villages et hameaux à proximité de Budhpura. Le but de ce projet était de créer de petites zones géographiques où le travail des enfants était rejeté par toutes les parties prenantes de la communauté, des zones d’exclusion du travail des enfants (Child Labour Free Zones). Le message était très clair et sans la moindre ambiguïté.  Pas de « si », pas de «oui, mais » et pas de « peut-être » ; tous les enfants doivent aller à l’école.

Steven apprend comment à couper les pavés
Steven apprend comment à couper les pavés

Peu après, London Stone, un fournisseur de pierre du Royaume-Uni, nous a rejoints et le projet est maintenant élargi pour couvrir l’ensemble du village Budhpura et de ses environs. Grâce au travail acharné des bénévoles de Manjari, les habitants de Budhpura ont retrouvé l’espoir et ils rêvent d’un avenir meilleur, en particulier pour leurs enfants.

Dans le blogspot du mois prochain, nous entendrons le directeur général de London Stone, Steven Walley. Steven expliquera en détails comment Manjari travaille avec la communauté pour introduire un changement positif à Budhpura. Entretemps, venez consulter les mises à jour régulières que Manjari postera concernant ses activités sur le terrain.

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